Hear me, children yet-to-be-born

Fiction, 45 mns, 2004

Synopsis

Un storyteller raconte aux managers d'une entreprise une histoire dans le but de les licencier.

details techniques

Durée
45mns


Année de Production
2004


Langue
Anglais


Format final
DigiBeta

credits

Direction / Scenario / Montage
Sandy Amerio


Acteurs
Nancye Ferguson, James C. Burns


Voix-off
Black Sifichi


Cameraman
Eric Capitaine


Assistante générale
Carole Lambert


Co-production :
-Les Laboratoires d'Aubervilliers
-Allocation de séjour en France et à l'Etranger, Cnap, video section, 2002
-AFAA, 18th Street Arts Complex in Los Angeles, 2003

Livre

Storytelling, index sensible

Sandy Amerio revisite les signes et codes de notre société qui construisent l'inconscient collectif à travers films, photographies, installations et textes. L'artiste s'empare de questions socio-économiques et politiques en les traitant de façon réticulaire.

Dans Hear me, children-yet-to-be-born, fiction expérimentale réalisée en 2004, Sandy Amerio utilise les techniques d'écriture du business storytelling1, art de la transmission et de la conviction par le pouvoir des histoires. Hear me, children-yet-to-be-born est un film tourné aux Etats-Unis dans les décors apocalyptiques de la Death Valley, où un manager raconte à une assemblée fictive l'histoire de son dernier voyage d'affaires en mer Morte. Ce récit n'a qu'un but : licencier les salariés qui l'écoutent. Le conte est cruel, violent et accumule plusieurs référentiels : mots d'ordre de l'entreprise, langage managérial, injonctions autoritaires liées au 11 Septembre, histoire de Lot issue de la Genèse de l'Ancien Testament — des formats de discours ancrés dans l'inconscient collectif américain.

L'histoire est basée sur le canevas simple de celle de Lot, alors qu'il fuit Sodome avec sa femme. Les digressions narratives successives de la voix-off (Black Sifichi) combinant plusieurs rhétoriques (managériale, religieuse, amoureuse) s'articulent autour de la phrase pivot "Don't look back, just keep going ", hurlée par les pompiers à la population lors des attentats du World Trade Center. Un régime de signes et d'analogies s'instaure et crée des images mentales puissantes voire traumatiques, en décalage avec les images qui ne semblent pas tout à fait représenter ce qui est raconté.

L'artiste-storytelleuse met ainsi à l'épreuve la capacité du spectateur à comprendre la finalité du récit et désarme son esprit critique en s'adressant en premier lieu à ses émotions, tout en barrant l'identification aux personnages qui évoluent comme dans un jeu de plateau dans les différents décors de la Death Valley (principe de la distanciation brechtienne). Hear me, children-yet-to-be-born infiltre les nouveaux usages de gestion organisationnelle et émotionnelle de l'entreprise. Excluant d'emblée la forme documentaire, Sandy Amerio met en place un essai performatif en pénétrant au coeur de la technique du storytelling, pour en révéler les mécanismes.

Dans son livre Storytelling, index sensible pour agora non représentative, publié en 2004, elle se réapproprie cette pratique pour l'appliquer au champ de l'art contemporain. L'action du livre se déroule lors d'une animation culturelle. Plusieurs personnages fictifs, plus loufoques les uns que les autres, interviennent pour discourir de la position de l'artiste dans la société et des meilleures stratégies à adopter pour se vendre.


Texte du catalogue de la Biennale d'Art Contemporain de Rennes.










1 Pratique managériale d'origine anglosaxone qui consiste à raconter des histoires, des contes, aux salariés pour générer certains types de comportements et émotions. Le storytelling fonctionne sur le principe de métaphores et d'analogies, et a de multiples applications : gestion de conflits, délocalisations, et même licenciements.



Dans la presse

"Un film d'une beauté surréelle."
Françoise Aline-Blain dans Beaux-Arts Magazine


"Une proposition artistique exigente."
Emmanuel Tibloux dans Art Press


"Amerio y va franchement avec une cruelle analyse coûts-avantages de la narration d'entreprise, et son approche expérimentale se rélève payante.
Kevin Temple dans Now Magazine


"Evoluant entre le film d'entreprise, la messe télévisuelle et le faux documentaire, le film mêle ainsi les grands récits bibliques et les théories du management, le porno et la peur panique du 11 Septembre - moment halluciné où le goulot rocheux d'un canyon fait office de Twin Towers enfumées.
Jean-Max Colard dans Les Inrockuptibles


"Sur le désormais fameux storytelling (la scénarisation constante de la vie publique) dont on nous rebat les oreilles aujourd'hui, on oublie - et LBV est là pour le rappeler - que l'artiste Sandy Amerio avait, dès 2004, attiré notre attention."
Elisabeth Lebovici dans Le Beau Vice


"Un travail sans concession qui dénonce les nouvelles approches manageriales d'origine anglo-saxonne prônées aux États-Unis. L'auteur réfléchit en grand et comme à coeur ouvert sur la nouvelle organisation du travail via la place prise par la gestion de l'émotion."
Muriel Steinmetz dans l'Humanité


"C'est une réflexion sur l'organisation du travail et la place accordée à la gestion des émotions. On a tendance à voir le monde du travail de manière aseptisée, alors que tout est basé sur l'affect."
Sandy Amerio dans un article
de Marie Lechner dans Libération

EDITIONS

Collection du Centre Georges Pompidou (1/3)

interview

par Yvane Chapuis

FICTION

Emotion in motion

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