Waiting Time / Romania

Documentaire, 30 mns, 2001

details techniques

Durée
30 mns


Date de production
2000


Lieux de Tournage
Bucharest, Coltau (Romania)


Format final
Digital beta

Credits

Direction / Montage
Sandy Amerio


Production
Le Fresnoy


Chargé de production
David Georges-François


Images Coltau
Calman Cantor


Autres images
Sandy Amerio


Son
Alexis Davy


Traductions
Corina Moldovan et Calman Cantor

"L'une des premières scènes montre Sandy Amerio et Alexis Davy dans une chambre d'hôtel, s'adressant, non sans quelque affectation (montrer que ce n'est pas naturel, qu'on se filme parce qu'il n'y a rien d'autre à filmer), à la caméra : "Nous n'avons toujours pas d'amis. Ça fait deux semaines que nous sommes arrivés, et on nous avait dit que les Roumains adoraient les Français…". Le cliché comme point d'origine du voyage, la déception comme point de départ du film. En plaçant ce point deux semaines après le début du voyage, Sandy Amerio dissocie délibérément le temps du film de celui de l'expérience. Elle recourt alors au sous-titrage pour inscrire le récit dans une temporalité qui excède la face visible du film, renvoyant à un hors-champ temporel, à du passé ("un incident a eu lieu hier. Nous devons quitter l'hôtel") ou à du futur diégétique ("le lendemain Radu et Simona nous inviteront à manger…").

Une façon de pointer aussi la difficulté de capter des images qui puissent transmettre quelque chose de l'expérience vécue. Un moyen d'effectuer une relecture de cette expérience, de la décrypter (au sens littéral, puisque de nombreuses paroles échangées en roumain ne seront traduites et comprises qu'au moment du montage). Cette relecture, qui s'effectue néanmoins simultanément pour le spectateur, dévoile, sous l'aspect nonchalamment touristique (coucou à la caméra, minauderies, camera stylo des soirées passées en compagnie des amis Roumains), des indices d'une strate plus inquiétante : ces amis Roumains, "gens influents", appartiennent à une frange d' extrême-droite et tentent de manoeuvrer les deux Français ("Ils font un film sur la Roumanie et on va être sur le devant de la scène. Ce sera la seule image qu'il leur restera, de toute façon, ils n'ont pas compris autre chose", entendons-nous d'une conversation à mi-voix).

Sandy Amerio n'a de possibilité de réaction qu'à travers différentes "attitudes" de filmage. Face à ceux qui manipulent l'information, elle fait l'innocente, vole des images, filme à leur insu. Au contraire, invitée dans une communauté tzigane, elle passe la caméra à l'un de ses membres, qui filme, en la nommant, toute sa famille. Elle signale ainsi ne pas vouloir filmer ce qui ne lui appartient pas, laisser l'Autre donner son point de vue dans et sur l'image. Seuls les Tziganes semblent ne rien attendre dans cette Roumanie en état de jachère d'Histoire ("Nous, nous avons l'espace, eux, les Roms, ils ont le temps. C'est comme s'ils habitaient dans le temps"). A la fin de Waiting Time, deux Tziganes chantent, mais ils ne se souviennent plus des paroles et rient en mélangeant les langues (romani, hongrois…) : c'est dans la désappropriation et l'abolition des frontières, géographiques et temporelle, qu'ils construisent leur identité. "

Texte de François Piron publié dans Journal du Centre national de la photographie.


Interview

par Florence Derieux

TEXTe

par Michel Nuridsany

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