L'hôtesse

Fiction

Origine du projet

Résidence IN SITU

aussi publie dans TINA

cqabpm,p

A ready-tell in Tania's head


Il y a ceux qui sont dans l'ensemble…

Et ceux qui sont globalement…

Vous croyez que c'est par hasard qu'en mathématiques la théorie des ensembles s'appelle aussi la théorie des classes ? Il y a ceux qui sont DANS l'ensemble, et ceux qui sont globalement… OUT ? Vous croyez que c'est par hasard que OUT à l'envers ça fait TOU ? Enfin TOU est relatif. Les fonctions, les relations, qu'elles soient entières, naturelles, ou bien total complexes, c'est mathématique. C'est rationnel. C'est 1, 2, 3, c'est 1, 2, 3… C'est nombres réels. C'est chiffres purs, voyez.

Vous avez remarqué chaque théorie a son exception. Il n'y a pas théorie si il n'y a pas d'abord exception. Moi je peux vous parler de la théorie de hôtesse d'accueil qui ne sourit pas. Ca je connais de l'intérieur, dans l'ensemble assez bien. Moi j'peux vous parler de hôtesse d'accueil qui en a plus rien à carrer. Et c'est pas d'une figure géométrique dont je parle mais d'une figure de style, de la plus haute importance. Faire la gueule, moi j'dis que c'est l'arme politique du 21ème siècle. C'est pas pour rien que c'est au Japon qu'on compte le plus de dents au cm2. Là bas, ils mettent des entraîneurs de sourire pour le garder. Ca s'appelle le slim mouth piece.




Un jour que j'évoluais dans mon display sans faire bouger l'air autour de moi, il me dit : "souris !" Je lui réponds : "Mais il n'y a personne." Et là il me balance : "Bah t'a qu'à sourire à la moquette alors !" Je me suis rendu compte que si j' créais pas du capital sourire, j'ferai pas de vieux os. Alors j'ai retroussé mes gencives jusqu'à la racine. Puis je suis restée comme ça, avec ce faux sourire sur la gueule. Mais rien n'y fait, ma carrière est à l'image de mon salaire : en chute libre. Sans parachute doré. Oh je me laissais pas faire ! Dans l'ensemble ? On rigolait des fois, puis des fois… Mais moi, je ne me laissais pas faire.

Moi voyez, je crois bien que je suis OUT depuis que j'ai décidé de plus sourire. Je crois bien que je suis OUT depuis un paquet de temps et que je m'en rends même pas compte tellement je fais la gueule de l'intérieur. Pourtant la boîte, « c'était l'Amérique ». Avant j'étais aspirante vendeuse, aspirante caissière, aspirante titulaire. Mais j'aspire à une autre vie maintenant, car si l'être humain passe au second plan c'est qu'il doit bien y avoir quelque chose devant, il doit bien y avoir quelque chose d'Autre devant. Peut-être même quelque chose d'autre derrière, au troisième plan. Si N est l'être humain, entier et naturel, alors il doit bien y avoir quelque chose devant. C'est mathématique. C'est rationnel. C'est 1, 2, 3. C'est 1, 2, 3… C'est lettres réelles. C'est alphabet pur voyez.

Regardez-moi, dans quelques instants je vais avoir une idée totalement saugrenue. Je me suis commandé sur internet 50 slim mouth pieces pour en finir. Toute ma paye y est passée. Sourire à s'en faire péter les lèvres. A s'en faire dévisser les molaires. A s'faire exploser les papilles. On dit qu'on revoit sa vie en flashs juste avant de mourir. Pffff tout le monde rabâche, ça mais c'est pas ce qu'il se passe. Ce qu'il se passe, c'est qu'on voit ce qu'on aurait pu être. Moi, je rêvais d'être chanteuse. Une chanteuse avec des paroles d'amour qui sonnent bien, des paroles en anglais. Des paroles qui font 1, 2, 3 des paroles 1, 2, 3 avec du cul, de l'hystérie et des reproches fait à la vie. Ca aurait été rock and réel. Ca aurait été rock and pur voyez. Quelque chose comme ça…

Alcohol in my veins ?
You can't say that Shattered on the ground
Oh did I do that to you ?
I don't remember anything
Uno dos hystero
I'm your borderline
Always on the edge
Of my mind
Drugs in my blood ?
You can't say that
I'm perfectly aware
Could you tell please to this beach ball monster
That I never saw it in Carpenter's movie
I'm your borderline
Always on the edge
Of my mind Abducted by aliens ?
You can't say that
Who tinkered my brain ?
Ridiculous I just saw them once
And got no side effects
I'm your borderline
Always on the edge
Of my mind
Too much infantile?
You can't say that
I'm just traumatised Ahhhh
After all I did for you
I'm your borderline
Always on the edge
Of my mind
Always depressed?
You can't say that
Ideas of murder yes
But shooting myself
I prefer to cut my veins
Uno dos hystero…
Ok you don't get it anyway!


- Ca va?
- Oui et toi ?
- Je ne sais pas ce qui m'arrive. J'ai mal au sourire.
- Tu es allée voir un médecin?
- Il me dit que ça arrive à toutes les hôtesses.
- Oui ça doit être une crise passagère.
- Toi ça ne te fait pas mal des fois ?
- Non.
- Vraiment?
- Bah non.
- C'est peut être l'âge. 35…
- Eh oui, tu en as des heures de sourire derrière toi ! Et qu'est ce que tu fais pour l'entretenir?
- Pas grand chose. Je mets du baume aux lèvres. Mais j'ai l'impression que c'est plus profond tu vois...
- Tu veux dire dans la bouche ?
- Non, non. J' sais pas. Peut être comme une dépression qui poindrait le bout de son nez.
- T'inquiète tu n'as pas encore le nez dans la bouche.
- T'as raison il ne doit pas y avoir de quoi s'inquiéter. Mais quand même je me demande si il n'y a pas une raison plus profonde. C'est plutôt du baume au coeur qu'il me faudrait si tu vois ce que je veux dire.
- Comme quoi alors?
- Je me sens une non personne.
- Une non-personne ? Mais t'es allée chercher ça où? Et puis c'est quoi une non-personne ?
- Tu vois lorsque ils sont là à parler devant mon display de finance planétaire, pour montrer qu'il en savent et qu'il font comme si je n'existais pas. Je ne sais ce qu'il se passe mais c'est comme si il y avait une sorte de elle qui commençait à me parler de moi. D'abord tout bas puis de plus en plus fort devant eux. C'est très embarrassant. De elle à moi, je lui dis qu'il faut que cela cesse, qu'ils vont finir par l'entendre. Mais rien n'y fait elle parle de plus en plus fort. Comme si elle en savait plus que moi sur moi-même.
- Ola la la ma vieille tu es bonne pour l'asile...
- Ne plaisante pas, c'est pas tout. Il y a ce rêve terrible que je fais chaque nuit. Je suis à la boîte et puis un docteur arrive à l'accueil. Stéthoscope au cou, il me demande ce qu'il doit soigner. Quelqu'un a t-il fait un malaise ? Personne ne m'a laissé de message. Je lui dit donc qu'il a du se tromper.
- Il me répond que non. Qu'il a été envoyé sur terre pour soigner le Monde. Je me retrouve en hôtesse du monde. Avec un grand M. Tu imagines le cauchemar....
- Hein ?
- Le docteur n'est pas de notre planète. Tu as déjà vu des séries de science-fiction tout de même.
- Oui, je crois que toi tu as du trop en regarder.
- Bref. C'est un extra terrestre qui a la faculté de pouvoir soigner ce Monde déglingué dans lequel on vit. Mais attention il ne peut soigner qu'une chose et je dois le diriger. Lui indiquer le chemin vers cette chose. Seulement vers quoi le diriger en premier ? Qu'est ce que je vais lui dire moi à ce docteur ?
- Tu es complètement mégalo ma vieille…
-Ceci dit c'est une vraie question… D'habitude ceux qui viennent à la boîte savent pour quoi ils viennent. Ils ont un rendez-vous tu vois. Madame Robert : 1er étage à droite bureau 127. Monsieur Gonzales 5ème étage bureau 500 juste devant vous en sortant de l'ascenseur. Enfin tu connais ça autant que moi... C'est facile. Mais là, mon extra terrestre qui commence à s'impatienter devant moi, vers quoi je le dirige ? La pauvreté dans le monde ? Le sida ? Le cancer ? Les myopathes ? L'Afrique ?...tu te rends compte de la responsabilité ?
- Alors que fais-tu dans ton rêve ?
- Rien
- Rien ? -Non. Je suis paralysée. J'arrive pas à choisir. Je ne veux pas prendre de responsabilité.
- Mais alors que se passe t-il ?
- Il s'en va.
- Comment tu as la possibilité de sauver le Monde d'un fléau et tu ne le fais pas ?
- Non.

Je me rappelle très bien de cette discussion. C'est la première fois où je parlais à quelqu'un des symptômes que je subissais depuis des mois. Ce changement terrifiant qui s'opérait. Cette réécriture de moi-même par cette non personne qui commençait à parler à ma place. A dire elle comme sujet de mes actions. A penser elle comme objet de mes rêves. Ca avait commencé 6 mois 3 jours et 4 heures plus tôt, au moment où aux ressources humaines on m'avait annoncé que je ne serai plus seule à l'accueil. Une caméra de surveillance allait se tenir là au dessus de ma tête, clignotante. Ma sécurité bien sûr était avancée. J'étais chargée de rembobiner la cassette toutes les heures et de relancer immédiatement l'enregistrement. Je me recopiais dessus. Cela devait rythmer désormais mon quotidien. Des générations et des générations de copies vidéo du dessus de ma tête qui allaient se superposer à l'infini. Je m'engendrais en boucle. Au bout de quelques mois des bandes grosses comme mon bras altéraient tellement l'image que son décryptage en était devenue impossible. J'étais destinée à lentement disparaître.

As far
as I can remember
There is always this slight movement
In the air
This switch of aura
From the darkest sides of me
you came from
To the lightest ones
It makes you so desirable
This moment will last for ever
When you became the unique objet of my desire
This will last for ever
Though I will be dead to you
Grace
I'm lightened by you
Kept in this prison of false
Without you I just have to return
To the darkest sides of me
Where you came from
I remember
So well
Lying on a bed
Looking to the camera
No one in the room
Just me
Bandages on my face
Gauze for a ghost
But my wound is in my soul
To anyone
Invisible…
Grace
I'm lightened by you
Kept in this prison of false
Without you I just have to return
To the darkest sides of me
Where you came from
I was just 16th
But behind the stripes of bleached cotton
I was far away from it
I was at the same time 8months and a crumbled old person
Craving to death for love
And in the exact same moment
Perceiving incapacity
of feeling it sincerely
Just keep
this light above you shining man
To keep me warm and living because
I'm just the living dead of love


Allo? aa(N)xx bonjour ! Oui. Oui, elle est là pour vous l'hôtesse d'accueil, découpée derrière sa planche de formica. Oui, on y pose ses mains sales, ses clés de bagnole, son orgueil. Ah c'est pas toujours 1, 2, 3, la vie de base d'une femme accueillante. Alors elle a des tas de petits secrets dans ses tiroirs. Des chewing gum collectionnés sous sa chaise. Goût fraise, c'est ceux qui collent le mieux. Des crottes de nez catapultées dans l'infini, juste là entre son display et la porte d'entrée. Faut bien tuer le temps. Ah oui, elle emprunte des stylos ou des timbres quelque fois. C'est la moindre des choses. Vu ce qu'on lui fait endurer… Du moins c'est ce qu'elle pense. Non bien sûr il n' y a pas qu'au boulot que ça fait plus 1, 2, 3. En amour? Mais c'est de ça dont on parle depuis le début, non? De l'attente. De l'amour.

Seule et moitié morte par KO spirituel, elle se sustente tous les jours entre 13 et 14h. Une salade Cobb n'Co composée au self d'à côté. Elle appelle ça la Gobe n'Go. Toujours le même goût de salade trop craquant pour être honnête et qui glace les dents sur son passage. Quoi qu'il en soit, yaourt nature bio évidemment, qu'elle change quelques fois pour une compote bio elle aussi forcément. Elle règle ses comptes avec 5 kilos en trop. Et avec un ticket resto, elle garde sa ligne. De mire toujours sur la porte d'entrée, c'est une automatique chienne de garde, à l'affût d'un Bonjour! à donner. De Voici en Voilà, ELLE reste prête pour une Entrevue avec le Public. Ca ne nécessite pas d'avoir lu beaucoup de numéros de Psychologies pour comprendre que l'ennui la guette moins une, avant sa Libération. Closer and Closer. Elle se rapproche de son but dans la vie. C'est une Femme actuelle et pourtant tellement encastrée dans sa petite vie. Ca bouge plus. C'est mort. Glacé comme une page de Gala dont elle rêve en rentrant sur la ligne B du R E R après s'être changé.

Elle rouvre Psychologies dans le R E R B pour échapper aux regards qui l'assaillent. L'horreur B c'est ça. Du rouge comme du sang qui gicle sous les rails. Accident grave de voyageur. Du blanc crade et du bleu comme l'eau des vacances qu'elle pourra pas se payer et qui pourtant l'étouffe. Elle veut disparaître sous son siège. C'est une bombe cette fille. Une bombe en attente d'implosion sur un siège de R E R. Elle voudrait se défoncer dans le décor. Au lieu de ça elle se noie lentement. L'hôtesse a peut être vécue une enfance difficile pour s'être contrainte à attendre toute sa vie comme ça. C'est dans Psychologie. Elle y croit. Elle croit à tout ce qu'elle lit.

Souvenirs induits elle s'invente une enfance difficile ou en même temps qu'elle apprenait à compter correctement 1, 2, 3 elle apprenait à dominer sa peur du futur. Le jour s'abstrait et c'est cette peur qui grandit. Une peur bleue plaquée tout comme contre le bleu des murs de la salle de bains où elle a 4 ans. Le même bleu que le pan de mur derrière le bureau qui lui sert désormais de décor. Un bleu sans couleur, un bleu d'une eau sans poisson, un bleu de pauvres. Pourtant, enfant, elle n'était pas loin du ciel, au quatorzième étage de la tour B. Mais d'ici elle ne voyait que bien peu l'horizon. Juste une brèche qui la séparait du lendemain et qui traquait le jour même. De peur de manquer. Demain elle ira en classe mais c'est d'une autre dont elle s'inquiète déjà. Ca se transmet dans les gênes ces choses là, comme un virus. Au travail, demain, elle devra être "particulièrement vigilante et ne rien faire qui puisse compromettre la sécurité de son emploi. Même si ses conditions de travail ne la satisfont pas entièrement, elle devra bien se gardez de lâcher la proie pour l'ombre." Ca c'est dernière page horoscope de Télé Magazine et elle y croit aussi.

Fear is growing
As the day draws
Blue fear
On bathroom walls
Middle Class Blue Is Blue
Without color
Blue Water
Without fish
Breach in the room
As childwood
Blue Scars
On her skin
Middle Class Fear
Is Blue
Without color
Blue Water
Without fish
Commotion is coming
As the night falls
Noisy commotion
Cutting atmosphere
Middle Class Commotion
Is Blue
Without color
Blue Water
Without fish
Emotion is invading
As a crash thunder
Her brain
Bruised by depression
Middle Class Emotion
Is Blue
Without color
Blue Water
Without fish


Sur son CV il est indiqué qu'elle a démarré par un petit job d'été. Avec un chignon bien tiré. Jupe sous le genoux, fendue sur collants chair. Tissu uniforme rouge un peu cheap mais aux épaules si bien carrées. Elle croyait en avoir vite fini. Et merde! C'est finalement ce qu'elle semble savoir faire le mieux dans la vie. Sourire. De toutes les façons, timide, complice, niaise, délurée, sexy, efficace, entendu. C'est entendu. C'est juste pour un moment c'est pas ça qu'elle veut faire dans la vie. Elle a plus d'une dent à sa mâchoire. C'est juste des prolongations labiales. La voilà qui enchaîne les missions ultra bright. 4 lignes plus tard, on retrouve sa trace au Stardust, THE discothèque du coin. Petit tee-shirt moulant Marlbo et short rose infra brillant. Elle entre en piste avec les filles. Et c'est parti le temps d'une track. La traque de ceux qui ne sortent que le samedi soir. Sa mission : distribuer le maximum de clopes en un minimum de temps. C'est là qu'elle a appris à fumer. Seules les filles qui fument ont le job. Ses nibard sont définitivement mis en valeur sous la lumière noire mais ça c'est marqué nulle part sur son CV. Compétence : stromboscopage nibardien. Tout se joue là. Dans ses poumons. Elle, elle n'entend que 1, 2, 3 et essaye de bouger en rythme sur les effluves de sueur qui encerclent la piste. C'est maintenant une professionnelle. En binôme ensuite elle a présenté des voitures sur des salons. Bien imité cette copie d'hôtesse à coté d'elle constamment. Elle s'y tromperait elle-même si elle ne se rendrait pas compte dans les chiottes de l'aéroport qui font office de cabine, que son binôme a un bien plus gros cul qu'elle. C'est salope une fille, surtout une hôtesse. Faut pas croire.

Les voitures, lubrifiées qu'elles en deviennent obscènes, tournent. Avec elle qui commence à en avoir le tournis. Son double aussi. Le manège tourne toujours cent mille tours avant de s'arrêter. Elles vont bien finir par se taper dessus. Elles peuvent plus se souffrir de toutes les façons. Debout, assises, jambes croisées. Sur ces 4 m2. Le binôme a déplacé de deux centimètres le classeur clients potentiel. C'est l'incident. Sur ce un : "Vous êtes vendu avec la voiture parce que là j'achète!" Ha… Finit de vicier l'atmosphère. On la croit conne l'hôtesse d'accueil. Vous croyez pas que ça rend con d'entendre ça en boucle? Elle ronge son frein et dans sa tête : elle est pas à vendre connard. Avec le sourire très intériorisé bien sur. En fait il y a peut être une raison secrète à leur mésentente. Tout tourne autour d'elle. Les prédateurs de l'automobile reniflent sous sa jupe en chiens de faïence. Ils vrombissent de plaisir les salauds. Ca tourne de plus en plus vite dans la tête de la petite pouliche. Faut dire y en a sous le capot. 16 soupapes. Turbo diesel injection directe. 4 roues motrices. Les prédateurs aux dents acérées se rapprochent plus vite que la voiture ne tourne à vide. Ils vont la rattraper c'est sure et la coincer dans un coin. Ils ont des visions. Leurs rêves à l'imaginaire limité sont sans limite. Elle et son binôme sur la banquette arrière en train de faire des trucs. Deux filles sur une plateforme qui tourne à l'infini. Quelques images vous viennent à l'esprit ? Enchaînant toutes les figures de style.Ca y est vous y êtes. Ouais. Free styl'. C'est ça. On peut faire plein de trucs dans une voiture. Ca fait rêver à peu de frais et dans notre cas présent, ça pollue même pas. Ce qui compte c'est que la situation décuple les possibles et les sensations qui vont avec. C'est ce que leur dit le manager qui les encadres. Lui aussi en fait des caisses. Quand elle repart chez elle le soir, elle titube en boucle comme montée sur une toupie derviche. Et pourtant c'est définitivement pas elle qui fait tourner le monde.

Hey you !
Who do you prefer?
Your mum or your dad?
Hey you !
Who do you prefer?
Your dad or your mum?

Euh well I love both…
NoOOO It doesn't exist
Hey you !
You must have A little PREFERANCE…
Let me ask you again
What do you prefer (hum…) banana or fig ?
Well, I really love both I swear… !
You are so immature !
Maybe a prevert ?
Hey you
You have to choose…
Let's try something else
Dick and Pussy are in a club Dick goes to the toilets
While Pussy is dancing on the dancefloor
You can't follow at the same time Dick and Pussy…
Just aswer quick quick don't even think…
Well…
So ?…
Are you going to the toilet
Or are you fucking dancing like a bitch you are ?
I'm the Schrödinger's cat
Female and male
In the body
Female and male
In the mind
Don't try to understand me
You will be always on just one side of me


Vous êtes toujours là?

Oui elle adore Claude François cette hôtesse et alors ? C'est pas vrai que l'on puisse plus se faire raccrocher au nez sans que tout le monde pense qu'il y a du Claude François dans le circuit. Peut être un souvenir induit encore ? Non celui-là il est bien réel. Elle a 4 ans, son père à l'autre bout du fil, qui demande sa mère oui ça elle l'a vécu. C'est son histoire. C'est rien qu'à elle. C'est constitutif. C'est ontologique. Un mot par hasard appris en zappant sur France Culture. Vous inquiétez pas, elle s'étendra pas sur l'ontologique. Faut pas déconner c'est juste un hôtesse d'accueil. Enfin il n'y a qu'à la regarder pour comprendre. Cette façon de sourire de petite fille modèle, c'était pour que son père la trouve ressemblante et qu'il continue à venir la voir. C'était un moyen de se défendre contre l'indifférence. Une prison dantesque. Glacée jusqu'à la poitrine qui dépasse tant bien que mal de sa ligne d'horizon quotidienne. Ses dents s'entrechoquent en rythme 1, 2, 3. La porte d'entrée de la boîte est restée ouverte. Le climat est glacial chez aa(N)xx. Licenciements économiques massifs en vue. Plus personne pour parler de finance planétaire à son display. Calme plat. Horizon dégagé. Ca ne change pas grand chose pour elle. (N) est plus que jamais entre parenthèses. Dans sa tête elle se dit : "J'suis qu'un fusible. Qui pète quand le courant passe plus entre ceux d'en haut. C'est moi qui prends. Tout en bas derrière mon formica. Ca descend en règle. Du plus grand au plus petit. Le plus petit, c'est pas moi. Moi je suis hors circuit. Je ne suis là que pour dispatcher les autres sur leur petits besoins quotidiens."

- Ou sont les toilettes s'il vous plait ?
- Au fond à gauche.

Non en général c'est un gardien moche et trapu le plus petit, macho comme pas deux et con comme c'est pas permis. Vous n'êtes pas en dessous de lui mais peut importe. Il vous prend pour la nana qui fout rien de la journée. Qui reste le cul sur sa chaise à glander. Alors que lui, le MacGyver de la boîte ça le connaît les fusibles. Il a pas compris qu'il y a les fusibles physiques et les fusibles émotionnels. Vous êtes le circuit imprimé de la boîte, LE fusible ultime, c'est vous. Si ça dispatch mal, y a plus rien qui marche.

- Je vous mets en relation, ne quittez pas.

Si pour une fois c'est elle qui pouvait se mettre en relation. Elle en peux plus d'elle seule l'hôtesse. aa(N)xx dans le désordre ça fait xa(N)ax vous croyez que c'est par hasard ?

What makes my atoms
Fighting each others
Inside of me ?
Why don't they go
By themselves to couple with someone else
60 pourcent water dropping
Out of my body slowly
Through my eyes without globes to hold them
Horror Solitude
What makes my atoms
Fighting each others ?
To dissolve me slowly
Why am I so lonely about to split
To fall apart
Alone in the dark 20 pourcent fat flowing
Out of my body slowly
Through my mouth without teeth to bite
Horror Solitude
What makes my atoms
Fighting each others ?
To burn me surely
Why Don't they just stand to help me
To live
As everybody 40 pourcent muscles
Strangling my neck slowly
Through my hands without arms to hold me
Horror Solitude
What makes my atoms
Fighting each others to slice me
Why don't they find someone to save me finally
41 pourcent bones
Cracking
Along my spine
One by one
Without pity or mercy
Horror Solitude
8 pourcent blood left for you daddy that's all that's all I have


A la fin de sa carrière — si on peut appeler ça une carrière — l'hôtesse d'accueil a le cul en forme de chaise. Ne croyez pas qu'il s'agisse d'un détail trivial. Elle repense à son binôme d'antan et se dit qu'elle, elle doit être devenue un vrai fauteuil à l'heure qu'il est. Maigre satisfaction pour un contrat d'intérim à vie. Pendant ce temps, comme l'exige la sentence précédente, elle arrête progressivement de sourire l'hôtesse. Vous croyez que c'est par hasard qu'intérim ça fait TERMINE en vrac? Intérim termine dans le désordre dans le meilleur des cas. Vous croyez qu'il y a une hôtesse d'accueil quand on arrive là haut? Vous croyez que c'est par hasard? C'est peut-être pas le paradis mais tout simplement encore l'infini de l'attente qui la guette. Elle a eu besoin de vérifier. Quand on l'a retrouvée, elle avait avalé davantage de slim mouth pieces qu'un magasin de bricolage en banlieue aurait pu en contenir. L'un d'eux avait perforé son estomac. Hémorragie interne. Elle avait raison ; ça se passait bien dans sa bouche et un peu plus profond. Elle a attendu que tout le monde soit parti. Elle a enclenché l'enregistreur vidéo et c'était parti pour un long plan fixe regard camera. Ravaler son sourire de cette manière là, c'est horrible.

On se dégomme pas par hasard. On choisit pour une fois une mise en scène dans laquelle on tient le premier rôle. On se laisserait pas ravir la vedette. On laisse des indices. Comme un état du monde que l'on voudrait laisser enfin déchiffrable. Suicide par ingestion de slim mouth pieces. Du jamais vu. L'histoire a fait les gros titres. La boîte productrice au Japon, fortune. On voyait des tas de photos sur le net, des stars, des anonymes qui arboraient un slim mouth piece. Soft, hard, super hard et toutes les couleurs que vous pouviez imaginer étaient désormais disponibles. Elle avait lancé une mode, la conne. Personne ne la connaissait véritablement à aa(N)xx. Une fille sans histoire, disent-ils aux journalistes. S'ils avaient su au contraire toutes les histoires qu'elle se racontait pour tuer le temps à défaut d'elle.

Les enquêteurs ont visionné la K7 des dizaines de fois. Ils ont fait des gros plans, comme on voit dans les séries américaines. Image par image. Ils ont regardé l'enregistrement à l'envers, au ralenti, avec des lunettes 3D. Mais ce qu'ils n'y verront jamais, c'est un style de meurtre d'un nouveau genre. Un meurtre au quotidien. Par lent et méthodique effacement de vous-même. C'est simple de tuer quelqu'un. De le pousser à se rendre compte de l'absurdité de sa vie. Il suffit de rajouter une petite tâche à faire, absurde. De le réduire à une fonction qui découpe son temps en petits morceaux qui n'ont plus de sens les uns avec les autres. Qui aurait pu en vouloir à cette fille? Pas de motif apparent : c'est ça la vraie force du truc. "Elle ne devait pas être très bien dans sa peau pour en arriver là" entend-on. Moi ça m'arrange. L'agence m'a envoyée le jour même. C'est un des plus du Package Avantage Contrat Sérénité. Ils vous remplacent une fille dans l'heure en cas de problème.


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