La logistique de nos utopies

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Il me reste de cette terre promise un bruit de tôle sur une route caillouteuse et un goût de sperme, leurs yeux exorbités qui semblent ne pas comprendre en découvrant cette terre que nous avons tous, en rêve, un jour foulée. Mais il est bien connu que ce lieu n'existe pas et que sa carte ne peut être établie que par déplacements et constants réajustements avec la réalite. Poupées pixels en perte d'ancrage dans un 4 étoiles, ballottées au rythme des caillasses, troupeau dont on regarde a la lampe torche les mamelles et la croupe avant de les adjuger vendues au son des vrombissements d'agressifs 4x4, ou un groupe d'Estoniennes acheminées clandestinement par des mafieux russes. Destination: un bordel d'Haïfa au nom de Terre Promise.

Terre Promise, d'Amos Gitaï, est un film physique, éprouvant, qui nous prend pour témoins à charge dans le corps du capitalisme même, au sein de ses plus terribles infrastructures économico-politiques, dans les boyaux de soutenement d'un corps malade. L'en deça de l'utopie. Terre Promise n'est pas un film qui raconte, ni même véritablement racontable. C'est un film d'une efficacite fonctionnelle, doté d'une grammaire constituée principalement de gros plans — apanage classique de la mécanique pornographique, et qui nous fait ressentir au plus proche du grain video le désenchantement des exilées. Tourné à l'aide de deux caméras numériques, il nous prend comme entre les tenailles de la civilisation, entre principe de plaisir et principe de réalité, desquelles les filles sont prisonnières. Nous passons un checkpoint vers Ramallah. Maisons dévastées par les combats, circulation entravée pour le contrôle habituel des identités, nous ne verrons du conflit israélo-palestinien, sous le voile mis de force par les gardes aux prostituées pour traverser, que peu de choses. Spectateurs, nous sommes aussi en exil, constatant de l'intérieur d'autres strates de coopération entre les deux peuples. Arrivée à Eilat, boîte de nuit. Suffocation.

Mannequins sales, trouées d'un con, d'une bouche et d'un anus, seuls organes indispensables aux décharges annoncées. Fagotées cheap panthère boléro sur boxer aux mêmes motifs. Culottes blanc sale enfilées à la hate surmontées de collants mousse couleur chair. Un rien de maquillage appliqué maladroitement au doigt par une mère maquerelle, qui sera d'ailleurs la seule à nous faire part de son récit. Rien de plus glamour à ajouter? Non, juste attendre de se faire consommer. Effondrement des corps. Puis repartir encore. Acheminement, contrôle qualite, stockage, consommation de la marchandise humaine, le tout en flux tendu ; aucune des étapes de la grande distribution ne nous sera épargnée. Il s'agit là de travail, pas étonnant donc que toute cette logistique nous paraisse si laborieuse. A l'heure où tout n'est que volatilité et flexibilité, il est nécessaire de dire que les corps ont encore un poids. Que certains corps pèsent des tonnes. Leur passage ne laissera pourtant aucune trace, si ce n'est le martèlement de leurs talons trop hauts qui résonnent encore dans ma tête.

Dans le dédale des fondations de notre société moderne, elles courent, descendent, et remontent dans l'Histoire, sans que le film n'use pourtant de la métaphore, mais plutôt à la manière d'un décalque, pour nous mettre en présence de la Shoah. Paroxysme d'une systématisation du contrôle et de la marchandisation des corps. Une douche collective forcée et glaciale, un corps de femme trop maigre porte par les mafieux russes entre des sacs de boxe hiératiques vers une lumière trop cramée pour représenter une quelconque salvation, et toujours ce fourgon sale par lequel d'autres, surement, ont déja transité… Ce qui pourrait représenter le comble arrive alors, et les voit être liberées miraculeusement par le fracas d'un attentat à la bombe. Dans le chaos, comme un électron peut-être enfin libre, l'une d'entre elles, aidée par un personnage mystérieux d'ange voyeur, arrive enfin à s'échapper. Mais où aller?

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