Doing a Lynndie with a chastity belt

Photographie

DETAILS TECHNIQUES

Titre
Doing a Lynndie with a chastity belt


Date de production
2006


Dimensions
80cm x 10cm x 2m


Support
diasec, aluminium, caisse américaine

CREDITS PHOTOGRAPHIQUES

Direction artistique
Sandy Amerio


Direction technique
Patricia Canino


Assistant
Antoine Delage

Il y a des images d'actualité avec lesquelles nous entretenons un rapport particulier, qui nous frappent plus que d'autres. Voire, qui nous obsèdent. Le 28 avril 2004, quand sont rendues publiques les photographies de tortures d'Abou Ghraib, c'est avec stupeur que je les découvre. Parmi ces photos, celles représentant Lynndie England tenant en laisse un homme à terre, ou la clope au bec pointant le sexe d'un des détenus de son index, comme le ferait un enfant pour mimer un pistolet imaginaire, m'ont particulièrement troublée. Je ne saurais dire d'ailleurs si c'étaient les clichés en eux-mêmes — et leurs aspects photos de vacances en Enfer — qui me déstabilisaient ou leur juxtaposition constante dans les médias avec d'autres photos de Lynndie England, la montrant cette fois-ci tour à tour enfant, adolescente mélancolique, innocente. Quelque chose me touchait dans le visage ingrat de cette enfant et adolescente au destin scellé. Les médias l'appelaient « la soldate de la honte », pour moi elle était plutôt une sorte d'icône inversée. Quelle ironie pour Lynndie, qui enfant désirait devenir chasseur d'orages, de se retrouver sujet d'étude devant les flashs des journalistes.

Contre toute attente, lors de son procès Lynndie se défendit en arguant que les bataillons des opérations psychologiques (PSYOPS) 1 de l'armée américaine lui auraient intimé l'ordre de mimer des actes de torture dans le but de miner la détermination des combattants irakiens et d'anticiper le transfert du pouvoir de la coalition au gouvernement irakien provisoire. Le terme PSYOPS m'était alors totalement inconnu. Il s'agit d'une abréviation pour psychological operations soit une terminologie militaire américaine décrivant des actions politiques, militaires, et parfois même civiles, consistant à "sidérer", à "subjuguer" la population d'un pays ennemi par la diffusion de fausses images ou rumeurs. J'avais trouvé si ce n'est une explication avérée du moins une piste, une hypothèse, au trouble et à la méfiance que j'avais éprouvés en regardant les photos qui semblaient me dire que quelque chose dans leur fabrication n'y était pas « juste ».

Les innombrables réappropriations sur le net de la pose de Lynndie England (exécutées tant par des anonymes que des personnalités) attestaient alors que l'image et l'histoire de cette femme travaillaient l'inconscient collectif. Les sermons moralisateurs de circonstance dont nous étions abreuvés par les medias ne mèneraient à rien pour tenter de comprendre L. Je devais trouver une interaction libre avec ces images pour tenter de révéler ce qu'il pouvait y avoir de moi, de notre époque, de la société dans l'histoire de cette femme. Je ressentis le besoin d'entamer un dialogue avec celle que j'appelais désormais d'une initiale pudique : L. Il me fallait tenter de lui parler, de m'y confronter tout en essayant de domestiquer sa violence et de m'en distancier. Reprendre la pose pour comprendre. Refaire différemment pour mieux faire la part des choses. Mais comment? Avec quel modèle?

Le profil psychologique de Lynndie, en parfaite opposition avec ce que l'on aurait été en droit de déduire logiquement à la vue des photos d'Abou Ghraib, indiquait une jeune femme totalement soumise à l'autorité militaire, et à celle de son amant, Charles Graner dont elle était enceinte au moment des faits. Les instantanés d'Abou Ghraib n'avaient donc saisis qu'une parcelle de la réalité du personnage de Lynndie et de son histoire. Cette découverte me décide à entrer en contact avec le milieu BDSM pour tenter de rendre perceptible l'invisible. Le soumis sexuel qui prend la pose de L dans Doing a Lynndie with a chastity belt n'avait qu'un rêve : porter une ceinture de chasteté, cet objet à clé qui dans le photographie devient le symbole du secret que L est la seule à détenir. Son rêve exaucé, je demande en contrepartie au soumis de reprendre la pose dominatrice de L, qui ne sera obtenue qu'au prix de nombreuses heures de pose et d'interminables convulsions.







1 Le terme PSYOPS sera abandonné par le département de la Défense des États-Unis en 2010 au profit de celui de Military Information Support Operations (MISO, Opérations de soutien à l'information militaire)



Texte

par Stéphanie Airaud

INTERVIEW

par Frank Lamy et Julien Blanpied

PERFORMANCE

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