1. Unemployment reenactment by a samuraï of nowadays

    Performance, Tokyo, 2010

Les prémices

Janvier 2010

credits

Photographies
Sandy Amerio


Production
Programme de recherche F for Real - ESBANM

dans la presse

"Restage Replay Reload de Sandy Amerio est une ode poétique à la folie du reenactment historique devenu performance, via la figure d'un reenactor japonais qui parcourt le monde. À la manière de Don Quichotte et avec l'ambition démesurée des personnages d'Herzog, le Général se bat sans relâche contre les fantômes des batailles et faits d'armes de la Seconde Guerre mondiale."
Marie Frampier dans 02

En janvier 2010, l'Ecole supérieure des beaux-arts de Nantes Métropole recrute Sandy Amerio comme artiste-chercheur au sein du groupe F for Real (composé de Christiane Carlut, Philippe Oudart, Benoit Broisat et Hirohisa Koike) pour poursuivre une recherche personnelle sur les rapports complexes qu'entretiennent les concepts de Réalité et de Fiction dans l'art contemporain et le cinéma.

Un voyage au Japon, organisé par l'Ecole des Beaux Arts de Nantes Métropole, en partenariat avec deux universités japonaises (Gedaï-Tokyo University for the Arts et Musashino University) constitue le point de départ imposé de la recherche pour tous les membres du groupe.

Sandy Amerio orientant dès le départ sa recherche sur le reenactment,1 fera à Tokyo la rencontre décisive du célèbre reenactor Hiroki Nakazato qui nourrira son imaginaire pendant près de deux ans. Les travaux réalisés avec Hiroki constituent la genèse du film Dragooned, projet auquel Hiroki n'a pas participé.


1 Le reenactment est censé recréer une période historique donnée ou plus particulièrement met en scène un événement militaire passé. La base historique est interprétée par les reenactors qui n'hésitent pas à inventer des saynètes plausibles et à broder autour de leurs connaissances. Des spectateurs peuvent assister quelques fois aux séances, notamment lors des larges rassemblements, mais il ne s'agit pas d'une condition sine qua non de la pratique. Le phénomène tel qu'il est pratiqué aujourd'hui, dans son acceptation moderne, débute avec les commémorations en 1960 du centenaire de la Guerre civile américaine aux États-Unis.



Hiroki Nakazato à Tokyo.

Extraits

de la conférence de Sandy Amerio intitulée Violent Pill

"Vêtu d'un blouson d'aviateur identique à celui de Tom Cruise dans Top-Gun, d'un pantalon en velours gris élimé jusqu'à la corde et de boots de cow-boy texanes auxquelles il ne manque que les éperons, Hiroki Nakazato alias Taïshô (Taïshô pour Le Commandant) a tout pour intriguer.

Lorsque je le rencontre à Tokyo pour la première fois, il me passe en revue sur le dessin en forme de carte de France qui agrémente sa doublure, toutes les villes qu'il a parcourues pour reconstituer telle ou telle bataille. En précisant à la suite de son étonnement : "I'm just a reenactor".

Il passe le plus clair de son temps à parcourir le monde pour reconstituer des passages historiques célèbres ou participer à telle ou telle commémoration. Un globereenactor spécialisé dans la Seconde Guerre mondiale."


Chez Hiroki

"Lorsqu'il m'invite chez lui pour voir sa collection, j'ai peine à trouver l'entrée, cachée par un grand manteau de l'armée soviétique sous plastique.
Son appartement ressemble à un dépôt, où s'empilent des cartons contenant des items destinés au reenactment. Résistant français, SS, parachutiste américain, kamikaze, goumier…
La tanière de Taïshô c'est l'antichambre de la reconstitution de la Seconde Guerre mondiale."

"On veut tous jouer un soldat de la Wehrmacht. On veut tous être dans la peau du méchant." me dit Hiroki.

Le passé colonise ici le présent. Pas de lit, mais une paillasse sans drap, recroquevillée entre deux colonnes poussiéreuses de sacs plastiques en équilibre. Les uniformes, armes et accessoires divers, tous d'époque, envahissent son espace vital littéralement grignoté par ces éléments de réalité provenant du passé.

Mes questions fusent alors en voyant sa collection : mais enfin, il doit bien avoir une préférence. Il ne peut pas incarner de la même façon un Japonais, un Français ou un Américain ? Ne ressent-il pas une petite différence lorsqu'il incarne un Japonais ? Un sentiment d'appartenance nationale ? Taïshô affirme avec ferveur ne pas s'occuper de politique et avoir une partie de son cerveau japonaise et l'autre occidentale.

Être apolitique, citoyen du monde comme il dit, et quelques fois revêtir un costume de la Wehrmacht. Voilà une étrange occupation. Acter l'Histoire sans s'occuper de politique ? Comment est-ce possible ? Lorsque Hiroki, pour me montrer quelques-uns de ces uniformes, revêt un habit de général SS, je ne peux m'empêcher de ressentir un profond malaise. Quel plaisir ou fierté peut-il en retirer ? N'y a t-il pas une raison obscure et revendicatrice là dessous insistais-je ? Proche d'un révisionnisme à la japonaise ?

Hiroki s'en défend bien. Les uniformes de la Wehrmacht sont simplement les plus beaux. Les plus impressionnants selon lui. "On veut tous jouer un soldat de la Wehrmacht. On veut tous être dans la peau du méchant." me dit-il.

"On veut tous jouer un soldat de la Wehrmacht. On veut tous être dans la peau du méchant." me dit Hiroki.

"Le lendemain, je le retrouve à son travail. Celui d'un ouvrier plaquiste. Un job alimentaire qui lui permet de s'adonner à sa passion et de survivre le reste du temps. Il travaille dans une petite entreprise privée qui l'appelle régulièrement pour faire quelques chantiers.

Il vit chichement, collectionnant les coupons de réduction largement distribués dans les rues de Tokyo, dans le but d'économiser le prix de son prochain voyage. Mais qu'importe, "la vie est belle". C'est sa devise. Il échange, vend et achète aussi des uniformes datant de la Seconde Guerre mondiale mais n'est pas encore passé à Ebay car Taïshô, bien que constamment sur Facebook avec ses amis reenactors, ne tape que d'un doigt sur le clavier d'ordinateur. Ce doigt, c'est son doigt magique, dit-il. Son index resté courbé, suite à deux accidents de moto successifs dans sa jeunesse. L'index, le doigt qui sert à commander et aussi à appuyer sur la détente…

En le voyant travailler, paroi après paroi, une structure se dessine dans mon esprit. Imprécise d'abord. Mais qui finit par découper métaphoriquement l'espace et le temps qui sépare Hiroki de son but : repartir à nouveau pour les années de la guerre en 40. Le bruit de sa perceuse soudainement ressemble à celui d'un pistoletmitrailleur. Ai-je rêvé ? Ou entrevois-je progressivement l'autre réalité à laquelle Hiroki aspire. Tout en travaillant il me raconte le reenactment. Je lelaisse me guider dans cet autre univers, pour y basculer presque de façon irréelle."

Performance à Tokyo

Hiroki gagne sa vie en installant des cloisons, mais la crise économique affecte son activité. Dans la performance présenté au TWS à Tokyo, il porte un habit de samuraï et effraye les visiteurs en activant sa visseuse pour répéter d'une voix menaçante en japonais : "Je n'ai aucune proposition de travail depuis l'année dernière, et crains que celà ne dure 200 ans", faisant allusion au statut des samuraïs pendant l'ère Tokygawa.

Unemployment reenactment by a samouraï of nowadays
Dans cette performance-portrait, la vie personnelle d'Hiroki rejoint l'Histoire collective.





Manifeste DE LA RECHERCHE

Restage Replay Reload

EXTRAIT

Dragooned

Farby

Ou le rapport à l'authenticité

A L'EPREUVE DES LIEUX ET DU TEMPS

Tokyo-Provence-Berlin

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