La sorcellerie capitaliste

Critique

a ne pas manquer

Restage Replay Reload

fictions publiees

Emotion in motion

cqabpm,p

Comment au Mexique

L'hôtesse


Sur les eaux noires et glacées du Styx, dans les méandres infernaux de ses bras, avance la barque de Charon vers le royaume d'Hadès. À bord de l'embarcation les auteurs de La Sorcellerie capitaliste. Nous sommes aussi à leur côté, vous et moi, faisant partie forcément du voyage, mondialisation oblige. De la nature des marécages, de la profondeur de la vase dans laquelle nous nous abîmons, des propriétés réputées magiques du fleuve, nous avons perdu la mémoire. « Jeteurs de sonde » plus que prophètes, avançant dans la brume par expérimentations, Isabelle Stengers et Philippe Pignarre proposent de nous guider. Si je prends cette image de la mythologie grecque pour introduction, c'est très certainement pour l'effroi qu'elle suscite. Ce même effroi, qu'il est nécessaire selon les auteurs d'apprendre pour déjouer le capitalisme et le commerce obscène qu'il entretient avec la mort. Les pratiques de l'industrie pharmaceutique en sont l'exemple le plus édifiant du livre. Il se pourrait bien en effet que nous ayons déjà payé notre tribut et peut-être plus que de raison.

Le livre commence donc par un cri, celui de Seattle, un cri sourd qui ne m'était parvenu que par les retransmissions télévisées et dont les auteurs se font là l'écho. À l'aune de ces événements de 1999 et de leur proposition « un autre monde est possible », ils tentent de redéfinir les termes de la dénonciation. Le mot « capitalisme » n'aurait-il pas déjà phagocyté depuis longtemps les « anti » ou « alter » critiques, incapables d'inventer des mythes aussi puissants que ceux qu'elles condamnent mimétiquement ? Il s'agit donc ici de redéfinir les modalités imaginatives d'une lutte souvent enferrée dans la binarité et la culpabilisation. Le système capitaliste devient alors « système sorcier sans sorcier », servi par des « petites mains » asservies qui ne cessent de colporter, quelques fois malgré elles, les « alternatives infernales » qui nous empêchent de penser. Du style « vous voulez augmenter les salaires » mais « vous allez provoquer la fermeture des usines, accélérer les délocalisations et mettre les gens au chômage !».

Il faudrait donc apprendre à se protéger, à faire un cercle autour de soi, et dans le même temps à comprendre comment de tels arguments font prise, pour capturer (au sens magique du terme) les consciences à notre tour, mais avec nos propres filtres, comme le fait la sorcière activiste Starhawk. Charger, (re)créer donc du politique là où ne subsistent que les équations simplistes. Car « la gauche a besoin que les gens pensent » disent les auteurs. Et c'est bien ce que le livre produit, une pensée ouverte qui nous parle sans condescendance ou savoir omniscient. Invoquant pourtant tour à tour Marx, Bruno Latour, Tobie Nathan et Guattari, le livre entre spiritualité et politique, agirait plutôt comme un charme sur son lecteur.


autres critiques publiees

A ready-tell in Tania's head

La logistique de nos utopies

Ultralab warriors

a lire aussi

Democracity

partage

Facebook