Sorties d'usines

Installation video, durée de la boucle variable, 2004

dans l'extrait

Chorégraphie muette pour machines volatilisées, exécutée par une poignée de travailleurs.

details techniques

Année de production

2004

Lieux de tournage

Dourdan (France)

Format final

DV

Credits

    Camera / Texte / Montage / Production
    Sandy Amerio

    A NE PAS MANQUER

    Hear me

    Livre

    Storytelling, index sensible


"L'époque moderne s'accompagne de la glorification théorique du travail et elle arrive à transformer la société toute entière en une société de travailleurs. Le souhait se réalise donc, comme dans les contes de fées, au moment où il ne peut être que mystifié. C'est une société de travailleurs que l'on va délivrer des chaînes du travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté. (…) Ce que nous avons devant nous, c'est la perspective d'une société de travailleurs sans travail, c'est-à-dire privés de la seule activité qui leur reste. On ne peut rien imaginer de pire". Hannah Arendt dans Condition de l'homme moderne, Paris, Calmann-Lévy, p.37-38


"Le 20 février 2004, lorsque les salariés de l'usine OCT de Dourdan arrivent sur leur lieu de travail, les machines ont mystérieusement disparu durant la nuit. Une lettre de licenciement anonyme leur est distribuée. Privés de leur outil de travail, ils décident de se mobiliser. Une vague médiatique s'ensuit, relatant les faits et les batailles juridiques des salariés contre leurs patrons. La parole des licenciés diluée dans le commentaire journalistique m'apparaissant terriblement stéréotypée, je décide de les rencontrer en mai 2004.

Je travaille à cette époque sur le business storytelling1 et c'est dans ce contexte que j'ai l'idée d'élaborer avec eux une sorte de storytelling à l'envers. Sur support vidéo, je recueille leur parole in extenso, ne leur donnant qu'une seule consigne, à savoir commencer leur récits par "Il était une fois…". Une distanciation s'opère alors tout naturellement à l'écran, les licenciés hésitant entre un improbable "Il était une fois je" et l'invention d'un personnage fictif les représentant. Tel un jeu de rôle, Sorties d'usines (titre en forme de clin d'oeil au film des frères Lumières) opère ainsi le prélèvement de ceux qui ont été "racontés" dans le but de reprendre la parole. Parallèlement, je les filme chez eux refaisant les gestes qu'ils faisaient aux machines…sans les machines.

Un documentaire poétique présenté sous forme d'installation naîtra de ces rencontres. Les ouvriers de l'usine OCT de Dourdan sont aujourd'hui retombés dans l'oubli. Dans la fosse commune des travailleurs anonymes de l'Histoire. Sysyphe dépourvus de rocher à porter, ils miment tragiquement les temps modernes. Des temps où la disparition de l'objet aliénant n'est plus synonyme de celle de l'aliénation même."

Texte de Sandy Amerio publié dans la revue de(s)générations.



1 Pratique managériale d'origine anglo-saxonne qui consiste à raconter des histoires, des contes, aux managers pour générer certains types de comportements et émotions chez eux. Le storytelling fonctionne sur le principe de métaphores et d'analogies, et a de multiples applications : gestion de conflits, délocalisations, et même licenciements.


Dans la presse

"En devenant acteurs de leur propre histoire, ces employés oubliés retrouvent une force, une présence qui leur était jusqu'alors déniée.
Françoise Aline-Blain dans Beaux-Arts Magazine


"Les enquêtes esthétisées de Sandy Amerio (Sorties d'usines), signe de la réceptivité, d'une incontestable attention au réel global.
Paul Ardenne dans Art Press


"Discuter la vérité du document est un débat dans l'art contemporain. Certains artistes s'engagent sur cette brèche de façon inventive. Sandy Amerio se réapproprie, dans une sorte de fable, l'expérience du licenciement d'employés d'une société dans l'Essonne.

Diane Watteau dans Parade


"Sandy Amerio est allée voir les salariés d'OCT, boîte de fibre optique dans l'Essonne. Un matin, ils ont trouvé leur entreprise vidée de tout matériel. Virés sans préavis. «Rien ne les avait préparé à un tel choc, dit Sandy. Il fallait que je les rencontre pour faire un storytelling à l'envers. Que ce soient eux qui racontent leur histoire». Sur les quinze licenciés, cinq acceptent Sandy Amerio les filme sans leur poser de question, sans limite de temps, récits où ils livrent leur version des faits. «Je ne sais pas trop ce qui les motivait. Certains pensaient que ça allait les aider à retrouver du travail, d'autres me demandaient si j'étais journaliste, c'était compliqué d'expliquer ce que je faisais.» Elle leur demande de reproduire les gestes qu'ils faisaient à leurs machines. Chorégraphie qui «illustre l'idée de l'invisibilité, de la volatilité du travail aujourd'hui».

Marie Lechner dans Libération

interview

par Yvane Chapuis

FICTION

Emotion in motion

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